Une progression a été trouvée sur cet appareil.
Paris, juillet 1789, à la veille du 14. Une lettre scellée à la cire, un maître imprimeur emmené par les gardes, et un apprenti qui doit traverser une ville où tout, en quelques heures, bascule. De la rue Saint-Jacques aux arcades du Palais-Royal, en passant par le Pont-Neuf : le trajet traverse le vieux Paris d’une rive à l’autre, jusqu’au matin du 14 juillet et à la prise de la Bastille.
Ni bataille ni grand discours : une course contre la montre, faite de rencontres, pour porter une lettre plus importante qu’il n’y paraît.
Dans l’atelier de maître Vallier, rue Saint-Jacques, l’odeur d’encre et de papier chaud flotte comme tous les matins. Thomas y apprend le métier depuis deux ans, à composer les lignes de plomb et à actionner la presse jusqu’à en avoir les bras fatigués, pour le plaisir de voir naître, page après page, les nouvelles du royaume.
Depuis trois jours pourtant, rien n’est vraiment comme d’habitude : les gazettes se vendent avant même d’être sèches, et les clients s’attardent sur le pas de la porte pour échanger des nouvelles à voix basse.
Maître Vallier scelle une lettre à la cire, fortement et maladroitement. « Cette lettre doit arriver chez M. Fabien, au Palais-Royal, avant ce soir. Dis-lui bien qu’elle vient de moi, et de personne d’autre. »
Il n’a pas fini sa phrase qu’on cogne à la porte de devant, fort, plusieurs fois. Par la fenêtre, Thomas aperçoit des habits de garde, dont un qui trébuche sur le pavé et manque de s’étaler contre le mur du voisin. Maître Vallier lui glisse la lettre dans la main et l’entraîne vers l’arrière-boutique.
« Pars par la cour. Ne t’arrête pour personne. » La porte de devant cède enfin dans un vacarme de jurons et de bottes qui s’emmêlent sur le seuil, au moment même où Thomas referme celle de derrière.